21/03/2014

Le petit Porte Monnaie Rouge

 Au siècle passé ....

Le petit porte-monnaie rouge

 

Ouvrir cette porte ! Une , deux ... ! Elle est bien résistante cette poignée d'alu sur la porte vitrée pour la petite de 7 à 8 ans.

8 ans surement, parce que passé le cap de la première communion, on devenait grande et donc, les corvées courses nous étaient autorisées au village. Grand moment de liberté et d'avancement sur les cadets .

Dans ma poche , quelques sous !

Oh ! Pas des sous tout propres, des sous chapardés au fil des semaines dans les comptes remis à ma mère , courses après courses.

Un sentiment de honte, de culpabilité , mais .... bien vite balayé.

Entrer dans le couloir, où fleurs de soie, vases, cartables, porcelaines et miroir donnaient le vertige.

A droite la vitrine ! Là est mon trésor ! Deux vitres sur glissière le protège d'autres mains envieuses.

Je l'ai réservé depuis tant de semaines, attendant l'heure où il ne serait qu'à moi loin des regards de mes amis et amies.

Il est juste fait pour moi !

A droite longer les fournitures scolaires, entre buvards , plumes et cahiers, aujourd'hui, je ne suis pas tentée, les crayons et les bics seront encore là demain !

Traverser les casseroles, thermos, et verres, assiettes et bouilloires, articles pour bébés , atteindre d'un pas ferme le comptoir, attendre que Noëlle arrive de sa cuisine, voilà qu'enfin ce jour est arrivé.

 

Bonjour Annick! Comment va ta maman ? ( Elle connaissait chaque famille, chaque enfants du village et si elle ne reconnaissait le visage, elle questionnait , pas par curiosité, elle partageait les joies, les peines de tous, au travers de sa vitrine magique

Noëlle s'encadre entre les bonbons, les surprises, et en arrière, dans l'étagère, les cafés, thés, farines autres produits de nécessité. A sa droite les petites papiers sur lesquels les comptes étaient déchiffrés.

Que veux-tu ma petite fille ?

Ce que je veux, ce que je veux c'est d'enfin serrer dans ma poche ce joli porte-monnaie Rouge, celui à deux soufflets fermé par une pression , juste un peu gaufré au touché.

Elle sort de son comptoir, traverse le magasin, ouvre la vitrine du couloir et revient avec l'objet tant espéré.

Tu veux que je l'emballe ?

NON, il est juste là sur le milieu du comptoir envahi de rien qui aujourd'hui m'interpelle, le seul 1/2 mètre carré libre dans cette boutique.

Je le paie étalant les pièces une à une sur ce bout de comptoir et vite, je le cache dans ma poche. Il me faut encore tenir quelques heures de cours dans l'école d'en face pour profiter pleinement de ce merveilleux achat, aujourd'hui, je ne partagerai mon bonheur avec personne.

Merci beaucoup Madame Noëlle et je file , la cloche a sonné. Rentrer au cours et attendre ... Hé! Enfin ! 4 heures est arrivé . Mais déjà Patrick, mon frère, est à côté de moi, et Patrick Menu, un ami, et Freddy  et Bernard , et René  pour reprendre tous ensemble le chemin de la maison, celui qui passe par la rue Paul Emile Janson, emprunte le tram et la rue des Courtils.

Et c'est courses, et bagarres, et "racontages" du soir et des points et des punitions .

Et dans ma poche, Le porte-monnaie rouge tout incognito, il faudra que je le laisse pour rentrer chez moi, et surtout il est mon secret, même envers mes amis proches !

Dans tous les défauts que ma mère ne supportent pas, le mensonge et le vol arrivent en tête de liste. C'est la pire sanction qui m'attend si elle découvre le porte-monnaie. Il y aura questionnement jusque la vérité avouée, et le martinet sera décroché du clou où il pend. J'ai toujours soupçonné ma mère de léger sadisme pour ainsi nous l'afficher à portée des yeux. La douleur des lanières de cuir, ne sera rien comparé aux gourmes bleutées laissées sur les fesses, qu'il faudra expliquer en classe le lendemain.

Donc, pas question de le ramener avec moi, ni de le cacher dans mon cartable.

Toute l'après-midi, j'ai réfléchi à la meilleure cachette possible et la seule évidente est le creux dans le tronc de cet arbre planté le long du Tram, suffisamment profond pour qu'il soit ainsi dérobé à la vue de quelques envieux.

J'ai laissé courir les garçons en avant, j'ai mis à l'abri , laissé pour une nuit Mon prote-monnaie rouge.

Pendant quelques jours, le matin , il rejoignait ma poche, et le soir il était enfermé dans ce tronc.

 

Un matin, j'ai eu beau fouiller l'arbre, jusqu'à le creuser, je n'ai pas trouvé le petit porte-monnaie rouge. Et je ne pu en parler, ce secret dévoilé aurait attiré les foudres du martinet.

 

Cela m'a pris près de cinquante années pour me libérer de ce souvenir, chaque vitrine de maroquinier rencontrée, était fouillée du regard à le recherche de ce rouge minuscule.

 

Un jour enfin, il n'y a pas si longtemps, son cousin était là éclatant dans une vitrine. Pas exactement le même mais la ressemblance était là. J'ai acheté le petit porte-monnaie rouge et l'ai mis dans mon sac. Le savoir à nouveau à moi, m'a libéré de ce secret , j'ai enfin pu le raconter.

 

Mais je me demande encore aujourd'hui : » Quelle a donc été la vie de ce petit porte-monnaie rouge disparu du creux de ce tronc de l'arbre dans le Tram ?

 

 

La morale est évidente : Bien mal acquis ne profite jamais.